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        AVERTISSEMENT AUXIMPERTINENTS

Je désire être seul. Je n’ai cure de compagnie.
J’aime goûter le silence. Le moindre murmure
autour de moi me déplaît. Si la voix souterraine
d’une chanson survient, que ce soit en sourdine:
si c’est un chant bruyant, je l’outrage de monmutisme;
si la musique en est assourdissante, qu’on la joue
dans l’Hadès
ou n’importe où près du sombre Enfer...
Bruit:   tais-toi! Cri de mauvaise augure!
Je désire être seul. Je n’ai cure de compagnie.
J’aime goûter le silence, ma sede gourmandise.

Comme je suis le Solitaire,
comme je suis le Taciturne,
laissez-moi seul.

Comme je suis le Renfrogné,  l’Arbitraire,
comme je suis le Lucifuge, le Nocturne,
Laissez-moi seul.

Ne marchez pas sur ma sandale (ou ma broque,
ou mon cothurne), tumulte tumultuaire,
laissez-moi seul.

Juif, quéchua, orang-outangoïde, aryen,
—comme je suis de la race de Saturne—
laissez-moi seul.

Je décante dans mon coin un chant minime,
silencieux; je suis un alchimiste esseulé,
jongleur occdte, fabuliste abscons.
Laissez-moi seul.

Bon dégustateur (sous un manteau misérable)
Bon instrumentiste (sans Amati ou Guarnérius)
Chantre de haute tessiture (quoique basse chantante)
Laissez-moi seul.

Laissez-moi seul. Je ne veux pas de compagnie.
Laissez-moi sauvage. Je n’aime pas les choeurs.
Ne vous effrayez pas: je ne me vante pas d’être Orphée
le déniaiseur d’animaux féroces.

Laissez-moi jouer sed sur mon roseau
sylvestre. Le ronronnement puéril me déplait.
Pas de son efféminé ni á la sigisbée.
Un son âpre et mâle. Un son rude, sans lamentation.

Sans plainte. Plus muet que Beethoven n’étaitsourd.
Sans louange. Plus gauche que Cervantés n’étaitmanchot.
Sans “pathos”. Plus maigre que Falstaff n’étaitgros.
Solitaire. Sévére. Je suis seul à bord.
L’esprit en noir. Le coeur en blanc.
Laissez-moi sauvage. Je suis frappeur de notes
à mon clavecín. Je suis brodeur de fables
sur le canevas de mon pentacorde.
Je suis ourdisseur de facéties. Je suis étanche ál’interieur
Laissez-moi seul; jamais je ne déborde.

Comme je suis le Solitaire,
comme je suis le Taciturne,
comme je suis le Renfrogné, l’Arbitraire,
comme je suis le Lucifuge, le Nocturne,
laissez moi seul.
Comme je suis León l’Atrabilaire,
comme je suis Serge des Steppes,
comme j’ai déjá le Corbeau et le Vautour
des cruels arrière-petits-fils de Saturne,
Laissez-moi seul.

Laissez-moi seul. Je ne veux pas de compagnie.
Laissez-moi sauvage. Te n’aime pas les choeurs.
Ne vous effrayez pas. Je ne me vante pas d’étre Orphée
le déniaiseur d’animaux féroces.

Elle ne vient pas á moi ni je ne vais á la montagne.
Ni vassal ni César, ni Juge ni Coupable:
Serge des Steppes, León l’Extravagant.
Dans mon tonneau. Cyrénéen de ma propre croix.
Roi pour rire, orgueilleux: sceptre ou roseau
sont la même chose pour ma fierté hargneuse.
Laissez-moi sed.



León de Greiff
Traduit par André van Wassenhove


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